histoires anthropo-logiques

Les 1001 histoires que se racontent les hommes et les femmes , d’hier à aujourd’hui, ici et ailleurs. Blog-notes journal de terrain, pour le partage des connaissances

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  • Frédéric Clément carnet-clement

L'étonnante Histoire que nous vivons (en guise d'introduction à ce site-journal de terrain)

Les hommes et les femmes consacrent beaucoup de temps et d'énergie àUnesco_partage_des_connaissaces échanger  des histoires. Des petites, des grandes, des légères et des graves. C'est sans doute un besoin vital, un "invariant anthropologique". Quelque chose qui nous tient debout et nous tient ensemble, et qui met de la couleur dans le quotidien.
Certaines histoires aident à résoudre les problèmes et à traverser les épreuves. D'autres vous plongent dans le brouillard et vous laissent sans voix, sans vie. Jusqu'ici, les premières l'ont toujours emporté.

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01/06/2009 | Lien permanent

Des vies mises en histoire : Traumatisme, narration & maintien de soi

Bien que fort différentes et spécifiques, les expériences de guerre, d’exil, de migration, Valse avec Bachir
d’infécondité ou d’étrangeté de soi confrontent les acteurs à des formes de souffrances que caractérise la difficulté de mettre en mots ce qui se présente à la fois comme une cassure affective et une rupture sociographique. Au carrefour de l’anthropologie, de l’histoire et de la psychiatrie, nous nous attacherons à décrire comment se construisent ces régimes de subjectivité particuliers, ainsi que les effets d’une mise en récit par les acteurs, de ces parcours liant inextricablement le plus singulier des vies au plus vaste des mouvements historiques, des dynamiques sociales
et des transformations techniques.

                           Yannick Jaffré, Directeur de Recherche CNRS
Présentation des journées d'Anthropologie des pratiques sanitaires et des catégories affectives (21 au 24 mai 2012 à Marseille)

Image extraite du long métrage d’animation Valse avec Bachir (2008), du réalisateur israélien Ari Folman, récit semi-biographique.

15/05/2012 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Exclusion et inégalités, Monde, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

La narrative medicine arrive en France

Les étudiants en médecine de Paris V ont désormais accès à un cours intitulé "La médecine narrative : améliorer la qualité du colloque singulier". Animé par le Pr Goupy, il est présenté ainsi:

L’humanisme et l’empathie ont toujours été reconnus nécessaires pour établir une relation médecin malade de qualité, et l’écoute attentive du patient est enseignée comme la première étape qui permet l’analyse séméiologique et la compréhension du sujet dans son environnement psycho social.

La leçon d'anatomieL’enseignement de la médecine narrative s’inscrit en France dans le prolongement de l’enseignement de la Psychologie Médicale, et des enseignements plus récents de la Communication Médicale et de l’Ethique Médicale. Aux USA, l’enseignement de la Narrative Medicine s’appuie sur une tradition de séminaires de literature and medicine et de patient-centered care proposés aux étudiants.

La médecine narrative se définit comme une compétence qui permet de «reconnaître, absorber, interpréter et être ému » par les « stories of illness» (illness and not disease), et qui emprunte aux spécialistes de la littérature les techniques classiques d’analyse d’un texte littéraire, pour décoder le récit d’un patient. Selon Rita Charon, l’enseignement de la «Narrative Based Medicine » devrait être avec l’ «Evidence Based Medicine » l’un des deux piliers de la formation initiale des médecins, et pourrait être une réponse aux insuffisances d’un système de santé qui laisse quelquefois des patients ignorés dans leur souffrance, et des médecins isolés dans leur pratique.

Chaque session de trois heures comprend un enseignement théorique suivi d’un enseignement dirigé. Ces enseignements dirigés seront l’occasion de partager en petits groupes des exercices de lecture et d’écriture : soit à partir de récits délivrés par des malades aux étudiants ; ou bien encore à partir d’expériences personnelles ou familiales de la maladie rapportées par les étudiants qui le désirent ; ou bien enfin à partir de textes écrits par des cliniciens qui ont relaté leurs expériences. L’équipe pédagogique est constituée de huit praticiens exerçant quotidiennement en médecine interne, diabétologie, pneumologie, soins palliatifs et psychiatrie, et de deux médecins de santé publique.

Lire l'ensemble du document

Voir aussi Narrative medicine: les histoires que racontent les médecins peuvent-elles faciliter la guérison?  / Leçons d'art et de littérature pour futurs médecins

 

02/05/2012 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Sciences techniques TIC, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Leçons d'art et de littérature pour futurs médecins

Parler peinture et littérature à des étudiants en 5e année de médecine, happés par la course aux premières places du concours que l'on appelait l'internat, peut paraître Murillo jeune mendiantincongru. Claude Valentin, pédiatre à Eaubonne (Val-d'Oise), passionné de philosophie, Aline Strebler, généraliste à Enghien-les-Bains, et quelques confrères tentent l'expérience depuis deux ans à la faculté de médecine Paris-Descartes.

Travaux pratiques, jeudi 12 avril, devant une vingtaine d'étudiants inscrits au cours optionnel intitulé " De l'étudiant-médecin au médecin responsable ". " Ici, pas de cours magistraux, nous voulons faire parler les étudiants, croiser les points de vue, de médecins, de psychiatres, de patients ", détaille le professeur Christian Hervé, directeur du laboratoire d'éthique médicale de Paris-Descartes, qui a créé ce module. Sadek Beloucif, anesthésiste à Bobigny (Seine-Saint-Denis), se lance dans la lecture d'un extrait du roman de Jean-Christophe Rufin, Un léopard sur le garrot. L'auteur met en scène un médecin face à son patient qui décrit l'apparition d'une douleur au bras, fugace mais qui irradie : " Il faisait beau et frais, j'ai voulu courir "... "insuffisance coronarienne ", note le professionnel, évacuant le récit du malade. " Le médecin est parfois un handicapé des émotions. Pour aiguiser le regard, garder votre capacité d'empathie, allez au cinéma, lisez des romans, visionnez des séries TV ", exhorte le professeur Beloucif. Suivent d'autres textes : Proust, Flaubert. " Au fond, la première qualité d'un médecin, c'est la gentillesse, entre empathie et respect de l'autonomie du patient ", conclut M. Beloucif.

A la fin des lectures, les étudiants applaudissent spontanément. " C'est une petite performance théâtrale qui nous parle de la juste distance entre indifférence et trop grande proximité ", résume le professeur Christian Hervé. Aline Strebler projette alors des photos de tableaux assez forts, des personnes handicapées ou difformes, des femmes dont on devine qu'elles ont été abusées ou violées : Velasquez, Delacroix, Degas, Le Jeune Mendiant, de Murillo. La salle reste un temps muette.

" Cela sera-t-il utile pour notre concours ? ", s'inquiète une étudiante. " Lorsqu'un malade est dans une impasse, incapable de décrire ses symptômes, le faire parler d'une oeuvre qu'il aime peut débloquer la situation ", répond Aline Strebler. Son confrère Philippe Jaury renchérit : " Plutôt que des affiches sur les méfaits du tabac, j'expose, dans ma salle d'attente, des tableaux et j'y mets des livres. Certains m'en parlent. Ce détour culturel ouvre parfois un dialogue plus intime. " " Après une nuit de garde, l'art n'est pas notre priorité, admet Aude Deloumeau, étudiante. Mais le message est passé : il faut que nous restions connectés avec cette part d'humanité, ne pas réduire le patient à un diagnostic. "

Le pédiatre Claude Valentin montre, lui, des images illustrant le statut de l'enfant, des Romains à nos jours. " Changerons-nous le regard de ces futurs médecins ?, s'interroge-t-il. Rien n'est joué, mais nous avons de belles discussions, souvent après les cours. " " Ces modules, c'est un peu comme aller au concert, raconte Nicolas Bonfils, étudiant. Il faut se laisser envelopper pour accueillir un autre regard. L'art touche à l'universel, quelle que soit la culture. Ici, on fait un zoom arrière sur l'humain ; cela redonne du sens à notre vocation. "

D'après Isabelle Rey-Lefebvre Le Monde 24 avril 2012

> Voir aussi  le langage de la souffrance et de la maladie et "les histoires que racontent les médecins peuvent-elles faciliter la guérison?"       La narrative medicine arrive en France

02/05/2012 dans Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Parler "personnellement" de son métier: juge des enfants

La profession de juge intrigue ceux qui ne sont pas du sérail. Un jour, un ami écrivain, m’interroge : « À quoi pense un juge des enfants ? » La réponse file d’évidence : « Un Jugedesenfants3juge ne pense pas. Question de principe. »

Mais la question a réveillé les souvenirs, les non-dits, les impressions. Ils se pressent, piaffent d’impatience. Cette occasion de reconnaissance est rare. Ils cabotinent, virevoltent. Ils me font revivre les instants les plus coquasses et les plus déconcertants. Parcellaires et lacunaires, ils oublient les intervenants sociaux et retiennent la solitude des premières rencontres.

... Je me réjouissais de ce moment où j’écrivais pour dire et non pour décider. Les mots sont généreux. Ils laissent place aux émotions inadaptées aux lieux de justice. J’aspirais de plus en plus à ces instants volés où je donnais corps à un quotidien.

                               Extrait de Lise Bonvent Sans jugement, eds Cartouche

> lire un autre extrait: Gamine, j’ai souhaité que quelqu’un me vienne dire : « Cela ne se fait pas. »

> Voir aussi Digital story telling: Maître Mô, l'avocat conteur

Une ordonnance du 2 février 1945, remaniée un certain nombre de fois, a créé la fonction qui consistait alors à sanctionner les actes de délinquance commis par les mineurs. Julie, juge pour enfants, nous cite cette belle phrase du préambule : « La France n’est pas assez riche d’enfants pour qu’elle ait le droit de négliger tout ce qui peut en faire des êtres sains. » ! Elle nous rappelle aussi que l’époque, les lendemains de la guerre, n’était pas plus calme qu’aujourd’hui et que le nombre d’enfants laissés à l’abandon et donc délinquants, posait de sérieux problèmes. « Contrairement à ce qui est dit, il n’est pas établi que la délinquance soit en augmentation. En réalité, la seule chose certaine est que notre société a une tolérance zéro à l’égard de ses mineurs : le taux de poursuite pénale est en hausse constante. » Lire la suite

27/03/2012 dans Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Exclusion et inégalités, Famille et générations, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

Gamine, j’ai souhaité que quelqu’un me vienne dire : « Cela ne se fait pas. »

Certains deviennent juge pour enfants par hasard. Ce n’est pas mon cas.

Gamine, j’ai souhaité que quelqu’un me vienne dire : « Cela ne se fait pas.» Qu’il m’écoute et laisse les phrases se terminer. Qu’il porte attention à chacun de mes mots. Il aurait pris le temps de les palper. Lise BonventMême ceux susurrés.

Une fois tout recueilli, il aurait parlé. Doucement. Mais si nécessaire, il aurait frappé du poing sur la table pour se faire entendre au milieu du brouhaha. Et l’interdit n’aurait pas été commis ou, s’il l’avait déjà été, tous en auraient pris acte. Cela aurait été moins difficile. Oui, celui-là, je l’ai attendu. Avant de connaître son existence.

Il n’est jamais arrivé. Aujourd’hui, je veux bien occuper ce rôle ailleurs. Dire: « Cela ne se fait pas. » Dire le mal de chien. Dire les traces qui vont rester et les maux collatéraux. Ceux soupçonnés par personne. Je veux bien les dire droit dans le regard. Sans aucun détour. Puis prendre des nouvelles des autres enfants ou commenter la météo. Oui, badiner ensuite. Il y a un après à l’odieux. Il faut le laisser venir. Je le sais. Très intimement.

                       Extrait de Lise Bonvent Sans jugement, eds Cartouche

Lire un autre extrait: Parler "personnellement" de son métier: juge des enfants

(Ce livre a inspiré la conteuse Michele Nguyen)

> Voir aussi Digital story telling: Maître Mô, l'avocat conteur

 

27/03/2012 dans Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Exclusion et inégalités, Famille et générations, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

La consultation du Médecin Généraliste, lieu de parole sur la souffrance.

Début Juillet 2011 se tenait à Londres la Conférence "Le langage de la maladie et de la Medecins de campagne souffrance: identité, communication et la rencontre clinique"*. Cette conférence Internationale rassemblait des médecins et des représentants de différentes disciplines des Humanités (Psychologie, anthropologie, histoire, littérature, arts plastiques...). Elle se resitue dans le mouvement des Medical Humanities, qui explore les interactions entre médecine et disciplines des Sciences Humaines et de la création artistique. Les Medical Humanities connaissent (sous différentes formes dont la narrative medicine) une expansion importante ces dernières années. La conférence de Londres en témoigne. Notre contribution** portait sur le langage de la souffrance dans la consultation du médecin généraliste. C'est en travaillant sur la Recherche Qualitative appliquée à la Médecine Générale que s'est trouvé posé le problème. La "souffrance ordinaire"*** qu'apporte le patient apparaissait comme une pesanteur récurrente dans la pratique du MG, quand on analysait les situations de consultation. Pour approfondir cela, nous avons ouvert un groupe de recherche qui a travaillé pendant deux ans. Face aux formes modernes de la souffrance (on parle de plus en plus de souffrance psychosociale), qui revêtent l'ampleur d'une épidémie, le cabinet du MG apparaît comme un lieu bien particulier: il est un des rares endroits auquel tout un chacun a accès et peut parler de soi en toute confidentialité. Le MG est donc en première ligne pour recevoir "la souffrance ordinaire" de notre époque. Les témoignages des MG soulignent l'intensité de ce qu'ils reçoivent et la difficulté à y répondre, dans le cadre de la consultation habituelle.
Cependant les réponses existent, sous des formes diverses allant du simple (mais efficace!) bon sens jusqu'aux procédures thérapeutiques élaborées.
Apparaît aussi le rôle important du "background", c'est à dire les dispositifs de coopération et de soutien réciproque que mettent en place les MG, et sans lesquels la souffrance apportée par les patient comporterait un vrai risque d'épuisement professionnel de la part du MG, à l'écoute au quotidien.

* The Language of Illness and Pain: Identity, Communication and the Clinical Encounter Birkbek, London University / ** Etude pilotée en collaboration entre Benoit Cambon (MG, enseignant au dpt de médecine générale de Clermont-Ferrand) et Laurent Marty (anthropologue, et chercheur associé au dpt de MG de Clermont-Ferrand), avec Amandine Lafon (interne en MG). / *** Nous avions écarté les pathologies psychiatriques avérées, pour ne conserver que les souffrances "ordinaires" liées aux épreuves de la vie.

> Voir aussi Balint. Le médecin en première ligne face au mal-d'être moderne

21/03/2012 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

Les 4 frustrations créatrices des sociologues

Martuccelli daniloLa sociologie a été "forgée par la rencontre improbable de quatre orientations différentes. On arrive à la sociologie à la fois par le goût de la science, et même, porté par la rage de parvenir, enfin !, à fonder une science dure du social ; mais on y accède aussi parce que l’histoire et ses ramifications captivent ; et aussi, encore, bien sûr, parce qu’elle donne place à une forme d’expression littéraire ; enfin, et pour beaucoup d’autres, c’est une évidence, parce qu’elle est un succédané d’action politique. Bien entendu, tous les sociologues, et de loin, n’éprouvent pas avec la même intensité le déchirement entre ces quatre tendances. Mais la discipline, elle, dans son fonctionnement ordinaire, vit de leurs conflits. Aucune tendance ne s’impose et je crois que la sociologie cessera d’exister le jour où une d’entre elles entérinera sa victoire sur les autres. La sociologie est cette tension elle-même. Et les sociologues, chacun avec ses aptitudes, et avec plus ou moins de conscience, ne sont souvent que des scientifiques contrariés, des érudits humanistes incultes, des artistes sans talents, et évidemment, des acteurs politiques frustrés…. Ce n’est pas une boutade. C’est la rencontre de cet ensemble hétérogène d’inachèvements qui fait la force de la sociologie. Mais comment pourrait-il en être autrement avec une discipline aussi simmeliennement articulée avec la modernité ?"

                                 Danilo Martuccelli,  propos recueillis par Grégoire Lits, unité d’anthropologie et de sociologie de l’UCL et le Laboratoire LaGIS (2008)

 

19/03/2012 dans Analyses et synthèses, Cultures et média, Organisations, Sciences techniques TIC, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Une immensité que l'on aurait connue...

 

D'où vient cette nostalgie que nous portons en nous, celle qui nous donne parfois le sentiment d'avoir perdu une immensité? Pas un regret de paradis disparu où tout aurait été beau, simple et durable. Plutôt un malaise, comme à ces réveils, après une nuit où le rêve nous a donné le droit de voler au-dessus des arbres et des toits des immeubles. Avoir perdu un pouvoir. Nos regards projetés vers l'océan ou les nuits étoilées de l'été nous ramènent chaque fois vers ce trouble qui semble si banal et partagé, que nul n'en parle par crainte du ridicule. Y aurait-il un espace perdu qui resurgirait à chacune de nos confrontations avec les immen­sités qui sont à portée de main, le ciel, les océans, les déserts, la nuit... Le code géné­tique porte-t-il, en plus des testaments du père et de la mère, la marque d'un voyage sans retenue à travers chaque recoin de ce qu'on nomme l'univers? ...

Il y a dans ces élans mystérieux vers des es­paces infinis et l'idée que nous nous en faisons, la marque d'un effort pour retrouver une immensité dont on aurait eu à un moment con­naissance, alors que cette connaissance aurait, à un autre moment, disparu. Chaque enfant qui vient au monde se voit-il privé d'une immensité dont il aurait disposé, avant de naître, bien avant d'avoir un cerveau et une conscience et dont il jouait sans lieu, sans repère, ici et par­tout, libre?
La vie serait alors la fabrication d'une enve­loppe qui détache du monde une parcelle Schubert Pires Voyageur magnifiqued'in­fini, pour lui assigner une pesanteur, un lieu, un début et une fin.

Yves Simon, Le voyageur magnifique, cité dans Maria Joao Pires - Schubert: Le voyageur magnifique (Deutsche Gramomophon)

17/03/2012 dans Analyses et synthèses, Anthrolopogie de la Santé, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Musique, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

La vraie culture, débat entre générations... (Sergio Lama)

 

Sergio Salma Nathalie001

(Cliquer pour agrandir) Extrait de Nathalie par Sergio Lama, Ed Casterman.

17/03/2012 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Famille et générations, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

Schubert, l'art de la confidence

Schubert compose comme on se confie à son meilleur ami, quand on en a un, sans phrases, sans grandiloquence, et cela fait, entre lui et nous, comme un secret partagé. ConfianceRien dans les mains, rien dans les poches, la musique nue, et au-delà même, très au-dela de toute pudeur... C'est comme la nudité d'un enfant et pourtant c'est la nôtre. Chacun s'y reconnaît en le reconnaissant, lui. [...] La musique de Schubert ressemble à Schubert, et à nous tous. Comme l'enfance. Comme la solitude. Comme la mort. On dirait une confession, ou mieux (puisqu'elle ne s'adresse qu'à nous, sans prêtres, sans sacrements ni remords) une confidence, une longue confidence pour rien, pour la simple émotion de dire et d'écouter, comme un trop-plein de l'âme, un sanglot ou un sonrire, et ce déchirement d'être ou d'aimer juste avant de mourir, cette lenteur, cette langueur cette solitude infinie...

André Comte Sponville, cité dans Maria Joao Pires - Schubert: Le voyageur magnifique (Deutsche Gramomophon)

17/03/2012 dans Anthrolopogie de la Santé, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Musique, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

La narrativité: racines, enjeux et ouvertures (Colloque à Cerisy, 2012)

Moebius-arcIssue d’horizons épistémologiques multiples, la narrativité est un concept en plein essor dans le champ, notamment, de la psychopathologie dynamique.
Ses racines épistémologiques sont abondantes: philosophiques, avec Paul Ricœur et la proposition selon laquelle l’identité de l’être humain serait fondamentalement une "identité narrative" ; littéraires et linguistiques où se profile, par l’énonciation du récit et sa stylistique, une vision du monde que l’individu se fait de lui-même et de son environnement ; psychanalytiques, renvoyant à la narration onirique et aux processus de liaison ; développementales avec les processus de subjectivation.
Ce colloque se propose d’envisager les domaines nombreux qui peuvent se voir
utilement concernés par le concept de narrativité: la littérature (récits de
soi, sémiologie de l’apparence); le cinéma, le travail de l’acteur; les arts
plastiques et la musique; l’astronomie (narrativité des trajectoires astrales);
la physique de l’univers (récit des origines). Chacun, à leur manière, font
ainsi œuvre de mise en récit.
L’une des possibilités et l’un des défis que la narrativité présente en outre,
intrinsèquement, est sa dimension réflexive, puisque c’est l’analyse du récit
et de la mise en récit qui peut nous éclairer sur les ressorts intimes de la
narrativité. Elle constitue de ce fait un champ particulièrement fécond pour
favoriser les interfaces entre les disciplines.
Ce colloque s’emploiera à favoriser cette ouverture.

>> Voir le site.                            (Illustration : Moebius)

15/03/2012 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Monde, Spiritualités, religions, morales, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Quand la maladie exproprie le sujet de son corps et de son histoire

...A l’hôpital, chaque patient que je rencontre, petit ou grand, se conte et me conte une Hopital_nounourshistoire de lui-même dont le "je" est  le héros. Ce roman – familial assurerait Freud - est tenu tout prêt pour répondre à bien des questions qu’ils souhaitent venir déposer et élaborer ici, dans ses multiples figurations. Je vous propose d’aller à la rencontre de ces lieux dits hospitaliers et où se jouent et se déjouent parfois de bien singulières histoires, quand la maladie exproprie le sujet de son corps et de son histoire; quand la maladie étrange le quotidien des jours et laisse planer sur l’avenir son ombre funeste.

Patrick Ben Soussan, Noé, son arche et son manteau. La narrativité en situations extrêmes
Colloque "La narrativité: racines, enjeux et ouvertures", Cerisy 2012

(Pédopsychiatre, Responsable du Département de Psychologie Clinique. Aix-Marseille II)

15/03/2012 dans Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Hans Rosling met en scène les statistiques!

Dans ce clip vidéo, Hans Rosling raconte en 4 minutes 200 ans de relations entre richesse et santé, à l'échelle de la planète!

 

 

Pour en savoir plus sur l'histoire de cette "mise en récit" des statistiques par le dynamique chercheur suédois.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=kTSxo3175ec#t=203s 

07/02/2012 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Exclusion et inégalités, Monde, Sciences techniques TIC, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Les écrits universitaires et leurs non-lecteurs; pour une éthique de la "publication"

Peter SloterdijkVu de l'extérieur, le monde universitaire fait l'effet d'un biotope spécialisé dans la production de " textes " le plus souvent bizarres et totalement éloignés du populaire. Ils vont des rapports de séminaire et devoirs semestriels aux thèses et mémoires d'habilitation, en passant par les mémoires de diplôme ou de maîtrise et aux devoirs de partiels, sans parler des expertises, des projets de recherches, des mémorandums, des projets de structure et de développement, etc. : autant de végétaux textuels qui s'épanouissent exclusivement dans le microclimat de l'Academia - comparables à ces plantes rampantes des hautes Alpes qui survivent à des altitudes où les arbres ne poussent plus - et qui, en règle générale, ne supportent pas une transplantation dans les plaines plates et dégagées de la vie éditoriale.
...Entre 98 % et 99 % de toutes les productions de textes issues de l'université sont rédigées dans l'attente, si justifiée ou injustifiée soit-elle, d'une non-lecture partielle ou totale de ces textes. Il serait illusoire de croire que cela pourrait rester sans effet sur l'éthique de l'auteur.

                                         Peter Sloterdijk Philosophe, Recteur de l'université de Karlsruhe. Extrait d'une conférence publiée dans Le Monde du 28.01.12.

Voir aussi sur le même thème: « La "sociologie publique" selon Michael Burawoy / Burawoy: les sociologues sont-ils lisibles? » / "Bauman raconte mieux que Touraine"  /,"L’art de raconter de Richard Sennett " / Art de raconter et Sciences Humaines (face à l'inflation théorique) /"Les récits primordiaux" présentés par l'IESR.

 


29/01/2012 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Monde, Organisations, Sciences techniques TIC, Spiritualités, religions, morales, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Art de raconter et Sciences Humaines (face à l'inflation théorique)

Livres tristes

Récits et imaginaire du politique

Depuis quelques décennies, en réaction contre l’inflation théorique en sciences humaines et sociales, de nombreux auteurs ont mis en évidence la place de la dimension narrative en histoire, en anthropologie, en sociologie, en psychologie, etc. L’interactionnisme, à forte teneur pragmatique, a fortement insisté sur la capacité des acteurs à rendre compte de leurs expériences. Le récit, relégué dans les coulisses de la science, a fait une réapparition éclatante.
Simultanément, la densification médiatique a fortement favorisé les récits de toutes sortes, qu’ils appartiennent aux mondes de la fiction, de la religion, de la légende, de l’utopie ou encore aux mondes réels, dont le monde politique. Partout, en admettant des degrés de singularité variable, le récit raconte les aventures de Bill Gates, Ben Laden, de Fukushima, de l’euro, de DSK, de la dette grecque et des paniques boursières.
La compétition entre médias, la généralisation de l'information en flux, le développement d’internet entraînent une accélération du processus de fabrication des événements médiatiques, une recherche perpétuelle de breaking news, d'informations sensationnelles, de scandales ou de catastrophes à l'échelle planétaire. Cette explosion du storytelling est souvent associée à la manipulation (Salmon), à la dictature de l'urgence (Finchelstein), à l’évanescence des audiences (Sloterdijck), à la dépolitisation croissante (Hermet), à l’ambigu infotainment (Anderson), à la dilution du 4e pouvoir (Ramonet).
Des grands récits à l’inflation des récits, que s’est-il passé ? Qu’est-ce que cela signifie pour le fonctionnement de la démocratie et de la bureaucratie, pour la temporalité des débats publics, pour la mise en oeuvre d'une sphère publique d'inventivité démocratique (Habermas, Rosanvallon), pour la discussion scientifique, pour le vedettariat et la starification (pipolisation), pour la fabrication du charisme et le néo-populisme, pour la confusion du réel et du fictionnel ? Ce ne sont que quelques-unes des questions qui surgissent au croisement du récit et du politique, lieu mythique qu’il importe de revisiter attentivement aujourd’hui, sans oublier de reconsidérer notre propre rapport sociologique à la narration.

(Appel à communications pour le 19ème congrès de l'AISLF, Rabat Juillet 2012: Penser l'incertain)

21/01/2012 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Sciences techniques TIC, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Nouvelle économie du savoir: envahis par le travail?

Ordinateurs et intimitéThis book provides a long-overdue account of online technology and its impact on the work and lifestyles of professional employees. It moves between the offices and homes of workers in the knew "knowledge" economy to provide intimate insight into the personal, family, and wider social tensions emerging in today’s rapidly changing work environment.

Drawing on her extensive research, Gregg shows that new media technologies encourage and exacerbate an older tendency among salaried professionals to put work at the heart of daily concerns, often at the expense of other sources of intimacy and fulfillment. New media technologies from mobile phones to laptops and tablet computers, have been marketed as devices that give us the freedom to work where we want, when we want, but little attention has been paid to the consequences of this shift, which has seen work move out of the office and into cafés, trains, living rooms, dining rooms, and bedrooms. This professional "presence bleed" leads to work concerns impinging on the personal lives of employees in new and unforseen ways.

Drawing on her extensive research, Gregg shows that new media technologies encourage and exacerbate an older tendency among salaried professionals to put work at the heart of daily concerns, often at the expense of other sources of intimacy and fulfillment. New media technologies from mobile phones to laptops and tablet computers, have been marketed as devices that give us the freedom to work where we want, when we want, but little attention has been paid to the consequences of this shift, which has seen work move out of the office and into cafés, trains, living rooms, dining rooms, and bedrooms. This professional "presence bleed" leads to work concerns impinging on the personal lives of employees in new and unforseen ways.

This groundbreaking book explores how aspiring and established professionals each try to cope with the unprecedented intimacy of technologically-mediated work, and how its seductions seem poised to triumph over the few remaining relationships that may stand in its way.

Présentation du livre de Melissa Gregg Work's Intimacy, Paperback.

05/01/2012 dans Analyses et synthèses, Anthrolopogie de la Santé, Organisations, Sciences techniques TIC | Lien permanent | Commentaires (0)

A quoi ça sert, l'anthropologie?

"Le 10 octobre 2011, le gouverneur de Floride, M. Scott, a déclaré que "nous n'avons plus besoin de dipômés en anthropologie". En tant qu'anthropologues qui travaillons pour l'amélioration de l'éducation, la santé, l'économie et la connaissance de l'histoire locale en Floride, nous avons le sentiment que le Gouverneur Scott est peu informé de ce qu'est l'anthropologie. " Voici la réponse apportée:

This is Anthropology on Prezi

Vous trouverez ici le texte complet des réponses des anthropologues.

30/12/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Organisations | Lien permanent | Commentaires (0)

Grands récits: "les récits primordiaux" présentés par l'IESR

L'Institut européen en sciences des religions (IESR) met à la disposition du grand public le fruit de ses recherches. Il a publié à la Documentation Française une série de très beaux petits livres sur "les récits primordiaux", qu'il présente ainsi:

"Au commencement des apprentissages, pourquoi, dans les familles comme dans les IESR Récits de la création classes, ne pas faire entendre aux enfants la grande musique des mots ? Pourquoi ne pas leur raconter ces récits fondateurs, ces récits qui datent de la jeunesse du monde. Issus de toutes les traditions, ils se sont transmis de génération en génération, portés par la parole des hommes, contés, chantés avant d'être écrits, réécrits, traduits pour devenir accessibles à tous. Qu'ils viennent de l'Orient ancien, d'Asie ou d'Europe, d'Amérique ou d'Afrique, ces récits qui nous parlent d'un temps où les dieux et les hommes entremêlaient leurs existences, appartiennent aujourd'hui au patrimoine de l'humanité.
Nous les avons appelés récits primordiaux parce qu'ils sont à la fois premiers et fondateurs, ils portent les mythes et les croyances dont les hommes se nourrissent depuis toujours. N'ayons pas peur de les faire nôtres et de les transmettre avec nos mots, nos voix...
Ainsi chaque ouvrage de cette collection propose, autour d'un thème ou d'un personnage, six récits, ou ensemble de récits, réécrits et adaptés par des spécialistes, universitaires et enseignants, pour être racontés aux enfants. En marge, de courts extraits font entendre la musique du texte original.
Chacun de ces récits est encadré par un préambule qui le replace dans son contexte historique, mentionne ses sources, précise les langues originelles, et par des clés de lecture pour explorer plus avant sa signification et confronter les traditions.
Raconter, c'est préparer et accompagner l'apprentissage de la lecture : l'écoute doit retenir l'intérêt et susciter la parole de l'enfant, favoriser la libre expression sur les thèmes entendus. Le récit constitue aussi une première approche du langage symbolique. A leur manière, ces récits disent quelque chose du monde et des hommes. Ils permettent de commencer à différencier ce qui est de l'ordre du savoir de ce qui relève de la croyance. En fin d'ouvrage des pistes pédagogiques sont proposées aux enseignants par des enseignants pour exploiter ces récits en classe. (...)"

>Voir aussi "la fin des grands récits?",   "Marc Augé: les "grands récits" à l'heure de la personnalisation de la société"

et, sur la question de la "publication":  « La "sociologie publique" selon Michael Burawoy / Burawoy: les sociologues sont-ils lisibles? » / "Bauman raconte mieux que Touraine"  /,"L’art de raconter de Richard Sennett " / Art de raconter et Sciences Humaines (face à l'inflation théorique) .

28/12/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Monde, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

Arrietty, un conte moderne entre Japon et Bretagne...

  

Arrietty et le petit monde des chapardeurs, film d'animation réalisé par Hiromasa Yonebayashi en 2010. Il y a ce jeune garçon qui va être opéré du cœur, mais sa mère est trop prise par son travail pour pouvoir être présente. Et le monde des petits humains en voie de disparition, le tout dans une nature radieuse, aux couleurs luxuriantes. Un très beau conte moderne. La musique qui porte le film a des sonorités qui ne nous sont pas inconnues, cela aussi ressemble à un conte de fée, vécu par une jeune musicienne bretonne:  "« C'était un geste de fan et rien de plus ! » Lorsque, début 2009, Cécile Corbel envoie un exemplaire de son album autoproduit, Songbook vol. 2, au Studio Ghibli, elle n'attend pas de réponse. Comme beaucoup de trentenaires, cette chanteuse et harpiste bretonne a grandi avec les films de Miyazaki et de Takahata. La jeune femme à la longue chevelure rousse qui semble échappée d'une enluminure médiévale veut juste témoigner son affection et son admiration aux maîtres japonais de l'animation. A dix mille kilomètres de là, son CD a trouvé l'oreille de Toshio Suzuki. Le tout-puissant producteur du Studio Ghibli, qui cherchait justement un univers musical pour son prochain film, Arrietty, le petit monde des chapardeurs, est tombé sous le charme de la voix suave, de la harpe celtique et des mélodies rêveuses de Cécile Corbel." (Télérama 18.1.2011)

 

28/12/2011 dans Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Famille et générations, Monde, Musique, Territoires, environnement | Lien permanent | Commentaires (0)

Narrative medicine: les histoires que racontent les médecins peuvent-elles faciliter la guérison?

Dr André Benbassa
Le Docteur André Benbassa, Gynécologue obstétricien présente la narrative medicine, dans une conférence diffusée en ligne par l'Université de Grenoble: "Le récit au commencement et à la fin de la vie". On pourrait résumer son introduction ainsi: la narrative medicine permet d'enrichir la capacité des médecins et des soignants à écouter les histoires des patients, et en retour de produire des histoires qui vont entretenir la bonne santé et faciliter la guérison. Ensuite il raconte trois histoires issues de son expérience, et répond aux questions du public.
Le Dr Benbassa cite Rita Charon, médecin et professeur à Narrative-Medicine-Charon-Rita-9780195340228l'Université Columbia de New York, qui a développé la narrative medicine, en disant qu'il l'a longtemps pratiqué cette démarche sans le savoir! C'est ce que se diront sans doute de nombreux soignants en écoutant ses propos. A travers les histoires qu'il raconte, on mesure tout ce que porte une histoire, pourquoi elle suscite l'intérêt, et en quoi elle est une ressource dans une démarche de soin.
Notons au passage l'initiative du Centre de l'Imaginaire et de l'Université de Grenoble de mettre à disposition du public, en ligne, des ressources de qualité.
Vous pouvez télécharger la conférence.



Le Cri, Centre de Recherche sur l'Imaginaire cite Victor Hugo en page d'accueil de son site :
" Comme on fait son rêve on fait sa vie... Nous vivons de questions faites au monde imaginaire"
                    Victor Hugo, Promontorium somnii

19/12/2011 dans Analyses et synthèses, Anthrolopogie de la Santé, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Monde, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Focus groups et Recherche Qualitative en Médecine Générale

Depuis quelques années la recherche qualitative en médecine générale se développe. Faisant suite aux anglo-saxons, une part de plus en plus large lui est consacrée dans les publications et congrès francophones. Le GROupe Universitaire de recherche qualitative Médicale Francophone (GROUMF) a vu le jour en 2007, avec la volonté d’amplifier cette recherche à l’échelon national. Au niveau universitaire, les Départements de Médecine Générale (DMG) s’approprient les méthodes qualitatives pour développer des recherches Goupe de parolesur la compréhension des phénomènes de santé. Progressivement se met en place une manière de faire de la recherche qualitative adaptée au type de travaux que les médecins généralistes (MG) ont à mener. La méthode la plus utilisée en recherche qualitative est l'entretien individuel. Il correspond à une relation duelle que les MG maîtrisent bien. Il est également facile à mettre en œuvre au cabinet médical ou au domicile du patient. Cependant, la réalisation d'enquêtes réunissant plusieurs personnes tend à se développer, sous l'appellation de focus group ou entretiens de groupe ou analyse en groupe.
•    Qu’est-ce que le focus group et l’enquête en groupe ?
Avec la méthode d’entretien individuel, l'enquêteur interroge les personnes une à une et rassemble ensuite les informations issues de leurs propos pour faire apparaître leur dimension collective. Dans l'enquête en groupe, la dimension collective est présente dans l'enquête elle-même dès le départ, et pas seulement dans l'analyse. Cette démarche est connue sous l’appellation de focus group parce qu’elle a été mise en œuvre principalement dans les études de marketing. Depuis une dizaine d'années en France, à la suite des pays anglo-saxons, le focus group sort de cet usage à visée commerciale. Il s'étend à tous les domaines de la recherche, en sciences sociales notamment. Ce développement vient du fait qu’il est un excellent outil pour comprendre les nouvelles formes de vie collective liées à la complexité contemporaine. La réflexion en groupe  apparaît appropriée pour appréhender les nouvelles formes de vie sociale qui se mettent en place, dans la complexité changeante de notre modernité tardive. Si l’entretien individuel permet d’aborder avec une grande finesse le vécu personnel, les émotions et représentations des acteurs, l’enquête en groupe introduit en plus le jeu de l’interaction entre les personnes.

Extrait de Recherche qualitative en médecine générale : expérimenter le focus group
Qualitative research in general practice: focus group testing Laurent Marty, Philippe Vorilhon, Hélène Vaillant-Roussel , Pierre Bernard, Clémentine Raineau, Benoît Cambon.   exercer la revue française de médecine générale (Volume 22 N° 98)

Voir aussi: "Quelques conseils pratiques pour l'utilisation du focus group en recherche qualitative" et "Avantages et inconvénients du focus group en recherche qualitative en médecine générale"

 

10/12/2011 dans Analyses et synthèses, Sciences techniques TIC, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Avantages et inconvénients du focus group en recherche qualitative en médecine générale

Mdc en réunion

Les avantages

Les Médecins Généralistes (MG) ayant participé à l'expérimentation ont trouvé que le focus group avait produit en peu de temps une grande quantité d'informations, et cela à plusieurs niveaux. Ils ont apprécié le récit de la consultation du jeune consommateur notamment les questions de précisions qui ont permis au groupe d’entrer dans le détail de son histoire personnelle, familiale et médicale. Des interviewés ont été intéressés par la façon du MG "racontant" d’aborder les problèmes que lui posait l’accompagnement de jeunes consommateurs de cannabis.

Les MG ont été impressionnés par la quantité d’informations recueillies sur le patient et sur la pratique du médecin. Pour eux, cela a invité les participants confrontés à des situations analogues à exposer leurs préoccupations et à en discuter. Pour tous, le principal avantage du focus group a été la production d’informations sur le vécu des situations, sur les opinions et sentiments des participants. Ils l’ont ressenti porteur d’une certaine intensité émotionnelle. Cette expérience leur a paru stimulante et proche de leurs pratiques de MG qui rencontre l’intimité du vécu des patients et de leur famille. « C'était la première fois que je voyais en réalité un focus group. J'avais déjà pas mal lu dessus, mais je n'en avais jamais vu en vrai. Et j'avais trouvé que c'était impressionnant ce que ça pouvait apporter en information en peu de temps ». « Peut-être que parfois on ne se rend pas compte qu’il y a des thèmes qui peuvent réveiller des choses compliquées. Et c’est justement l’intérêt de notre travail ; c’est d’avoir permis de voir qu’il y avait des difficultés soulevées auxquelles on ne pense pas forcément. Ce sont des thèmes dans des choses sensibles, chargés émotionnellement. »

 Les MG ont souligné que les entretiens de groupe leur avaient permis d’envisager la vie du patient sous un angle plus large, dans toutes ses composantes, y compris les plus cachées. La pratique du généraliste leur est apparue dans toute sa complexité. Ils ont exprimé leur difficulté à adapter les recommandations scientifiques à la réalité humaine. "Mieux comprendre la personne du patient et son environnement, comprendre ce qui se passe dans sa tête et quelle est sa propre démarche. Conjuguer le scientifique et l'humain. Améliorer le côté relation et discussion avec le patient".

Les inconvénients

Si les participants interrogés ont été unanimes pour reconnaître l'efficacité du focus group comme méthode d’enquête, ils ont été en revanche plus réservés sur sa mise en œuvre. Les principaux obstacles cités étaient la difficulté matérielle de réunir des personnes d’horizons différents et la nécessité pour l’animateur d’être compétent en animation de groupe.

Il leur a paru impératif que l’animateur soit neutre par rapport aux participants, pour pouvoir entendre plus facilement les différents points de vue et ne pas influencer leurs propos. Selon eux, les thèmes abordés pouvaient réveiller certaines fragilités chez le chercheur, particulièrement si c’était un interne. Il pouvait se laisser envahir par les représentations des interviewés. L’interne devait être solidement encadré par son directeur de thèse qui devait porter une responsabilité morale et scientifique dans cette intervention. Il a paru difficile aux généralistes enseignants de faire animer des focus group par des internes. "Le focus group a été un des temps forts de nos rencontres. En direct, les gens se sont rendu compte de la méthode et de son apport incroyable. Mais après, savoir le faire soi-même, ce n'est pas aussi simple que ça en a l'air. Le rôle de l'animateur est important; on ne peut pas larguer un interne comme cela. C'est casse gueule de se retrouver avec 8 patients ou 8 généralistes... il y a risque d'exploser en vol !"

Ils ont souligné le risque de soulever des problématiques complexes pouvant mettre en difficulté les participants au focus group et l’animateur dans la gestion du groupe. Ils ont analysé que derrière la demande de soin, c'était la vie du patient et la complexité de l'humain qui se révélait. Traiter des thèmes lourds leur a paru difficile mais nécessaire car c’était justement dans ces domaines que le médecin avait besoin de connaissances et de compréhension. Le savoir-faire de l’animateur leur a paru impératif dans ces cas-là.«Ce sont des thèmes qu’il faut aborder car justement ils pèsent sur nos consciences et nos sensibilités.»

Certains participants se sont déclarés gênés par le trop plein d'informations. Donner du sens au matériel récolté demandait une bonne connaissance des méthodes d’analyse. Ils se sont interrogés sur le côté presque «  élitiste » d’une recherche qualitative qui ne se satisferait que de curiosité ou de plaisir intellectuel. Pour eux l’utilité pratique de sa recherche devrait presque être une motivation première pour le chercheur qualitatif en MG.

Extrait de Recherche qualitative en médecine générale : expérimenter le focus group
Qualitative research in general practice: focus group testing.Laurent Marty, Philippe Vorilhon, Hélène Vaillant-Roussel , Pierre Bernard, Clémentine Raineau, Benoît Cambon.  exercer la revue française de médecine générale (Volume 22 N° 98)

Voir aussi: ""Focus groups et Recherche Qualitative en Médecine Générale" et  "Quelques conseils pratiques pour l'utilisation du focus group en recherche qualitative"

10/12/2011 dans Analyses et synthèses, Sciences techniques TIC, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Quelques conseils pratiques pour l'utilisation du focus group en recherche qualitative

Quand utiliser le focus group ?
• Le focus group peut être utilisé dans la phase préparatoire d’une étude, pour arriver rapidement aux questions concernant une problématique. Ensuite, l’étude peut soit être approfondie par des entretiens individuels, soit être développée par une approche Groupe de paroles quantitative.
• Le focus group peut également être utile après une phase exploratoire (par exemple, après des entretiens individuels) pour approfondir, affiner, et surtout introduire une dimension interactive.
• Il est particulièrement recommandé dans les situations complexes, aux causalités floues, aux contours incertains et aux structurations en mouvement. Il apporte de nombreuses nuances tant sur le vécu que sur la manière de se le représenter. Ces éléments permettent de dresser un « paysage » très élaboré des questions abordées.
• Il est conseillé au chercheur qui veut connaître les représentations sur une question.
• L’entretien individuel est plus approprié pour entrer dans le détail des histoires et cheminements personnels. Il est souvent intéressant de préparer un focus group par quelques entretiens individuels.
• Il convient de ne pas l’utiliser s’il est susceptible de mettre en péril la sécurité de la personne ou du groupe, ou si l’animateur ne peut garantir un travail sans risque de déstabilisation. Les affections vécues très douloureusement en sont un exemple type. Il s’agit alors d’un autre type de travail en groupe : le travail thérapeutique.
Avec qui ?
• Les focus groups avec les professionnels (confrères médecins ou autres soignants) sont en général plus faciles à réaliser. Cependant, ils peuvent tout aussi bien être réalisés avec des patients ou d’autres acteurs, avec la réserve de sécurité ci-dessus.
• Pour la composition du groupe, l’objectif est d’être au plus près de la représentativité qualitative de la population concernée (hommes/femmes, urbains/ruraux, jeunes/anciens, etc.) La condition de base est que les participants aient une expérience vécue du thème en recherche.
Comment ?
• Un modèle de déroulement a été présenté en début d’article. Il en existe de nombreux autres. Le mieux est de commencer avec un modèle avec lequel le chercheur se sent à l’aise, et de l’adapter ensuite dans la pratique.
• Comme pour tout entretien, il faut avoir travaillé la question par une recherche bibliographique, et préparé un canevas servant de guide pour l’animateur. Une bonne préparation (éventuellement par quelques entretiens individuels) et un choix judicieux des participants sont deux conditions clés de la réussite.
• Le focus group dure entre 90 et 180 minutes.
• Si possible, le lieu doit être différent de celui des participants.
• Le rôle de l’animateur est déterminant. C’est lui qui crée le cadre, le climat qui autorise les uns et les autres à parler. En même temps, il doit recadrer quand c’est nécessaire. Il est parfois utile d’animer à deux. Dans ce cas, la mixité est recommandée, à condition qu’il y ait une unité dans la démarche d’animation. Un énoncé clair des objectifs, dès le courrier d’invitation et au début de la séance, est indispensable pour « cadrer » tout au long du travail. De même, il est indispensable (même avec des personnes connues) de lister clairement les conventions de fonctionnement du focus group en début de séance.
• Il est intéressant d’avoir un ou deux observateurs, mais pas plus. Le rôle de l’observateur est entre autres de noter tout ce qui se passe en termes de non-verbal : les gestes, les attitudes, les regards, les non-dits.
Pour commencer, faire simple
• Comme le disait l’un des participants, « on n’apprend pas à conduire sur une Ferrari ! ». Au départ, le focus group doit être utilisé pour des objectifs simples et clairement délimités, avec un questionnaire rassemblant quelques items précis mais ouverts.
• Choisir une démarche d’animation bien maîtrisée, dans laquelle les animateurs se sentent à l’aise, centrée sur les interrogations classiques : qui fait quoi, quand et comment ?
Trouvez le style qui vous convient
• Partez de votre propre expérience du travail en groupe, quelle qu’elle soit, et conjuguez-la progressivement avec les procédures et les exigences de rigueur de la recherche qualitative. Pour les débutants, il est intéressant d’avoir deux animateurs et de disposer d’un observateur.

Extrait de Recherche qualitative en médecine générale : expérimenter le focus group
Qualitative research in general practice: focus group testing. Laurent Marty, Philippe Vorilhon, Hélène Vaillant-Roussel , Pierre Bernard, Clémentine Raineau, Benoît Cambon.  exercer la revue française de médecine générale (Volume 22 N° 98)

Voir aussi: "Focus groups et Recherche Qualitative en Médecine Générale" et "Avantages et inconvénients du focus group en recherche qualitative en médecine générale"

10/12/2011 dans Analyses et synthèses, Organisations, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Récit de vie et art du conte: Michèle Nguyen

Le "renouveau du conte", on en parle depuis un certain temps. De quoi s'agit-il? De la redécouverte d'une très ancienne tradition, et aussi de son renouvellement. Comment est-ce possible dans notre société saturée de communications en tous genres? Le récit de nos vies modernes peut-il y prendre place? Ecoutez plutôt Michèle Nguyen...

extrait de VY 1 from Michèle Nguyen on Vimeo.

>>> Son site.

  

 

21/11/2011 dans Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Famille et générations, Monde, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Un grand musée dans la crise: inventer des récits partagés

"Cette crise (que traverse l’Espagne) est celle d’un modèle économique obsolète (…) Elle n’est pas sans lien avec celle que connaissent les musées, en Europe ou aux Etats-Unis. En raison non tant de la baisse des subventions que de l’impasse dans laquelle ils se trouvent.
En quoi cette impasse des musées est-elle liée à la crise ?
La collection est au coeur des musées. Depuis des décennies, ils se battent pour obtenir Guernica détailles meilleurs oeuvres. Ils sont jugés, classés à l’aune de leur rareté. Le problème, c’est que ce sont les collectionneurs privés qui possèdent l’argent et les oeuvres. (…) S’il reste fondé sur la rareté et sur la propriété, le monde des musées va être pris dans une économie de l’excès.
Depuis la fin des années 1970, on a vu l’essor d’un modèle qui me semble dépassé : créer un bâtiment qui est une oeuvre en soi, en faire un lieu de spectacles au service du tourisme. Le musée est devenu un centre commercial, dans lequel les visiteurs-consommateurs ne viennent pas apprendre mais reconnaître des noms. On voit ce que ce modèle a fait naître : un art contemporain lié à l’économie et à la finance. Les artistes plébiscités par ce système  (…) sont des animateurs de spectacles. On n’est pas loin de l’impasse économique actuelle qui révèle en fait une crise de la démocratie.
Pour répondre à la crise, les musées font appel au mécénat, augmentent le prix d’entrée… Ce sont des solutions ?
Manuel Borja Villel Reina Sofia Madrid
Ils ouvrent aussi des filiales à l’étranger, louent des oeuvres à des musées riches aux Etats-Unis ou au Japon, vendent des expositions clés en main, voire leur marque, louent des espaces à des entreprises, veulent un bâtiment toujours plus grand pour accueillir toujours plus de visiteurs. Ce modèle fondé sur l’expansion est dangereux. Il vise à ce que les établissements se cannibalisent entre eux. Il est anti-écologique. Il finit par considérer le musée comme une entreprise. C’est déjà le cas quand on lui demande de « faire des entrées »  sans chercher à savoir ce que nos enfants ont appris à la sortie. Ou quand il est contraint de monter des expositions paresseuses et spectaculaires. Le musée finit par oublier sa mission première qui vient du modèle révolutionnaire français : être le lieu de la démocratie et de l’éducation. Je crois que ce modèle ancien est condamné à la défaite, car le musée, à l’avenir, sera plus pauvre dans un monde plus grand.
(...) La politique d'un musée ne peut plus être centrée sur des trésors, chercher l'œuvre rare de plus. (...) Pour moi ce qui compte, c'est inventer à partir de la collection des narrations et des lectures qui vont stimuler le public. Inventer des récits partagés. Raconter plusieurs histoire de l'art et non L'histoire de l'art. Faire comprendre que cette histoire n'est pas figée et unique, mais chorale."

 

                                   Manuel Borja Villele,directeur du musée Reina Sofia à Madrid,      

                                         intervievé par Le Monde, 19 novembre 2011

20/11/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Exclusion et inégalités, Monde, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

Clifford Geertz: communiquer de part et d'autre des frontières sociétales

Giacometti
"Il semble que, dans l'avenir, l'utilité des textes ethnographiques, s'ils en ont effectivement une, concernera la mise en œuvre de moyens de communiquer de part et d'autre de frontières sociétales - d'ethnies, de religions, de classes, de sexes, de langues, de races - qui sont progressivement devenues plus nuancées, plus immédiates et plus irrégulières. Ce qui s'avère nécessaire (du moins à mon sens) n'est ni l'élaboration d'une culture universelle comparable à l'Esperanto, culture des aéroports et des motels, ni la création d'une gigantesque technologie de la gestion des hommes. C'est l'élargissement des possibilités de discours  intelligible entre des peuples dont les intérêts, les perspectives la richesse et la puissance diffèrent, mais qui partagent un monde où, contraints qu'ils sont d'entretenir des relations de plus en plus nombreuses, il leur est de plus en plus difficile de ne pas se marcher sur les pieds…
… L'ailleurs et l'ici, beaucoup moins isolés, beaucoup moins nettement définis, beaucoup moins contrastés sur le spectre (mais pas moins profondément) ont à nouveau changé de nature. L'entreprise anthropologique consiste à élaborer des œuvres qui établissent des relations intelligibles entre l'un et l'autre."

                             Clifford Geertz, Ici et là-bas, Ed. Métaillé Paris 1996

20/11/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Monde, Sciences techniques TIC, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Entre la naissance et la mort: le récit

Un internaute m'avait chaudement recommandé L'espèce fabulatrice de Nancy Huston. J'ai relevé quelques extraits, que je donnerai dans les post à venir.  Foetus
Mais commençons par le commencement.


Seuls de tous les vivants terrestres, les humains savent qu'ils sont nés et qu'ils vont mourir. Ces deux savoirs nous donnent ce que n'ont pas même nos plus proches parents, chimpanzés et bonobos : l'intuition de ce qu'est une vie entière.
Nous seuls percevons notre existence sur terre comme une trajectoire dotée de sens (signification et direction). Un arc. MortUne courbe allant de la naissance à la mort. Une forme qui se déploie dans le temps, avec un début, des péripéties et une fin. En d'autres termes : un récit.

 

19/11/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

Pascal Dibie: quel récit ethnologique et quelle écriture, pour notre époque?

 Pascal Dibie, à 25 ans de distance, raconte dans deux livres l'évolution du village de Chichéry, en Bourgogne. Le village métamorphosé dresse en finesse le portrait d'une commune rurale qui comme des milliers d'autres, est aujourdh'ui devenue rurbaine.  Le travail de Dibie est important en tant qu'ethnologie du proche: peut-on avoir de la distanceDibie_village_mtamorphos_1 sur ce que nous sommes en train de vivre, ici et maintenant? Il est aussi une réponse à la difficile question du récit ethnologique quand on parle de soi (et pas des Indiens d'Amazonie): quelle écriture permet cette introspection ouverte?

«Je refuse la posture de l'ethnologue qui prétend se tenir en surplomb par rapport à la société qu'il étudie. Mais, à l'inverse, ce serait une illusion de croire que l'immersion sur le terrain rend la société transparente à elle-même. Nul ne comprend complètement le monde dans lequel il vit. Il faut donc assumer sa part de subjectivité et d'incertitude. Et pour ne pas tromper le lecteur, il faut lui décrire ses conditions d'étude, ses doutes, ses interrogations, ses influences. C'est pourquoi j'ai introduit dans le livre ces notices sur mes maîtres en ethnologie (Serge Moscovici, Georges Condominas, André-Georges Haudricourt, Robert Jaulin..), mon journal d'enquête. Cette mise en scène de l'ethnologue ne relève pas d'un effet de style. C'est une règle de méthode.
J'ai fait ce livre à l'orée du XXIe siècle, un moment que l'on peut qualifier de "basse époque". Une période transitoire où ce qui fut n'est plus et ce qui va advenir n'est pas clairement lisible. Personne ne sait vers quoi nous allons. Pas plus le sociologue ou l'ethnologue que l'homme de la rue. La construction de ce livre épouse par la forme son sujet: il y est question d'une certaine dissolution de la vie sociale qui rend impossible de relier les choses entre elles, de donner une intelligibilité totale à un monde qui se défait et se refait sans cesse. La structure du livre reflète cet éclatement du sens en un univers écartelé, où nos vies sont morcelées et se jouent en d'autres lieux que ceux ou nous vivons: par la voiture, le téléphone, Internet, nous sommes sans cesse projetés hors d'ici et maintenant.»

Extrait d'un entretien réalisé par JF Dortier, in Sciences Humaines n°172, juin 2006

19/11/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Banks: "il n'avait pas une seule fois pensé à lui-même"

Russell_banks_2 Ils recommencèrent à jouer, et Claudel était en train de replonger dans ses malheurs, lorsque tout à coup, comme s'il venait de pénétrer dans une pièce dont il ignorait jusqu'à l'existence, il se rendit compte que pendant qu'il écoutait l'histoire de Deke et qu'il y réfléchissait, pendant qu'il regardait le jeune homme et s'efforçait de le comprendre, il n'avait pas une seule fois pensé à lui-même. Claudel avait laissé le jeune Deke devenir quelques minutes le centre de ses pensées, et du coup son esprit et son cœur s'en trouvaient étrangement rafraîchis. Ce sentiment-là, il ne se souvenait pas de l'avoir déjà connu. En tout cas, pas depuis le Vietnam. Une cohérence s'était un instant établie dans sa vie, et il la comprenait, il savait d'où elle était venue, ce qui lui donnait une sensation de plénitude dont il n'avait même pas soupçonné la possibilité.

                                       Russell Banks  Trailerpark

19/11/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

Georges Balandier: anthropo-logiques

"Il est significatif que les études consacrées aux mises en scène de la vie quotidienne, et Sculpture_africaine aux micro-situations par la pratique de l'ethnométhodologie, se multiplient durant le temps où se renforce la prise de conscience des crises résultant de l'emballement de la modernité. De l'ensemble des réponses plus globales, deux relèvent du ressort anthropologique. Celle qui associe la recherche de sens au remploi des configurations culturelles enfouies, qui composent — comme il a été dit — le « sous-sol » de la culture actuelle. Celle qui se situe sur le terrain du sacré et qui se donne à voir de façon contradictoire : d'une part, la désaffection à l'égard des Églises qui ont reçu historiquement et par compétence la charge des fidèles ; d'autre part, le foisonnement des nouvelles religiosités qui élargissent le « marché » des biens symboliques nécessaires à la formation personnelle, à là recherche d'un salut individuel et collectif — sécularisé à des degrés variables en raison du «désenchantement» résultant de la modernité. Les mouvements issus de ces religiosités sont en voie de devenir l'un des aspects du mouvement social en cette fin du siècle."

                                    Georges Balandier, Anthropo-logiques

19/11/2011 dans Analyses et synthèses, Cultures et média, Monde, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

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